Le gouvernement américain veut abaisser les normes de sécurité de WhatsApp pour faciliter l'identification des terroristes et des criminels
Dans les prochaines années, WhatsApp pourrait être moins sécurisé qu'aujourd'hui. C'est du moins ce qu'espère le gouvernement américain, qui entame sa propre lutte contre les systèmes de chiffrement de bout en bout utilisés par les applications pour protéger la vie privée des utilisateurs. Pour comprendre un peu mieux ce qui se passe, il faut prendre un peu de recul et expliquer comment fonctionne la sécurité sur WhatsApp.
L'application de messagerie utilise un chiffrement de bout en bout pour protéger les messages des utilisateurs. Il s'agit d'un système spécial qui rend le contenu du message indéchiffrable, même si un pirate parvient à s'en emparer. WhatsApp utilise l'un des systèmes de cryptage les plus avancés et les plus efficaces du marché, le même que Signal, considéré par beaucoup comme l'application de messagerie la plus sûre. Facebook, propriétaire de WhatsApp, a l'intention d'appliquer le chiffrement de bout en bout aux autres applications de la société, notamment Facebook Messenger. En outre, comme l'a annoncé Mark Zuckerbeg, Facebook augmente ses investissements dans la cybersécurité pour améliorer la confidentialité de ses plateformes, suite au scandale Cambridge Analytica qui a révélé les failles du réseau social.
Et c'est là qu'intervient le gouvernement américain, représenté par William Barr, le ministre de la Justice. Selon des informations publiées par plusieurs journaux américains, l'homme politique est prêt à envoyer une lettre à Facebook l'invitant à bloquer les investissements dans le domaine de la vie privée et de la sécurité, en limitant l'utilisation du cryptage de bout en bout. Ou, dans le cas de WhatsApp, de créer une porte dérobée qui permettrait aux enquêteurs de surveiller les messages envoyés par des criminels, des terroristes et des personnes coupables de crimes graves. Pour les non-initiés, une porte dérobée est une méthode informatique (secrète) qui permet d'accéder à l'intérieur d'appareils ou de logiciels, en contournant les systèmes de sécurité normaux.
WhatsApp, ce qui changerait pour les utilisateurs
La lettre que le ministre de la Justice va envoyer à Facebook a été anticipée par certains journaux américains et a créé un grand débat dans le monde de la technologie. Si Facebook doit réellement adapter ses normes de sécurité aux nouveaux diktats du gouvernement, la vie privée et la sécurité des utilisateurs seraient compromises sur WhatsApp.
Jusqu'à présent, l'application de messagerie se distinguait comme l'une des plus sécurisées disponibles pour les smartphones. Les messages sont cryptés et rendus inaccessibles aux pirates. C'est l'aspect le plus controversé. Selon le ministre de la Justice, le chiffrement de bout en bout compliquerait les enquêtes fédérales, comme cela s'est produit en 2015 avec la tuerie de San Bernardino. Le smartphone du poseur de bombe était verrouillé par un code de sécurité qu'Apple n'a jamais voulu révéler et le FBI s'est finalement appuyé sur des sociétés privées pour obtenir le code PIN. Le ministre de la Justice ne veut pas que de telles situations se reproduisent. Le monde de la technologie s'interroge sur la faisabilité de la proposition du gouvernement américain. Tout le monde s'accorde à dire que donner aux enquêteurs la possibilité d'accéder par une porte dérobée au compte WhatsApp privé d'une personne représente un grand danger. Et pas seulement pour la vie privée : le même système pourrait aussi être utilisé par des pirates informatiques pour voler des informations sensibles à n'importe qui. Nous verrons ce qui se passera dans les mois à venir et quelle sera la réponse de Facebook aux demandes du gouvernement américain.
